Plan de l’article :
- Introduction : Pourquoi Patapon95 ?
- Les violences de genre : bien plus que les violences conjugales
- L’accompagnement psychologique : le parent pauvre
- Fédérer un réseau de psychologues bénévoles : une aventure humaine
- Le défi de la détection : sentinelles et relais
- Réveiller les voisins : l’indifférence ordinaire
- Former, soutenir, accompagner : le rêve d’un réseau national
- Conclusion : Et si on réalisait ce rêve ensemble ?
Patapon95 : Un rêve d’égalité, un combat pour l’accompagnement
Quand on a lancé l’association Patapon95, on voulait, bien sûr, parler d’égalité femmes-hommes. Mais, soyons honnêtes, ce n’était pas juste une question de grands principes. On voulait que les gens vivent mieux, tout simplement. Et puis, très vite, on a vu qu’il y avait un angle mort dans l’accompagnement des victimes de violences de genre. Un vrai trou dans la raquette, comme on dit.
Les violences de genre, c’est vaste… et souvent mal compris
On entend beaucoup parler de violences conjugales. C’est normal, c’est dramatique, c’est visible. Mais les violences de genre, ça va bien au-delà. Il y a toutes ces situations qui ne rentrent pas dans les cases : harcèlement au travail, agressions dans la rue, discriminations sournoises… Et là, franchement, l’accompagnement prévu par les associations ou les pouvoirs publics, il ne suit pas toujours. Ou alors, il s’arrête à la porte de la maison.
L’accompagnement psychologique : le parent pauvre
Vous savez ce qui manque le plus ? L’accompagnement psychologique. On en parle, bien sûr. On le met dans les brochures, dans les protocoles. Mais, entre nous, c’est souvent traité à la va-vite. Pas par méchanceté, mais par manque de moyens, de temps, de bras. Pourtant, c’est fondamental. Parce que les blessures invisibles, celles qui rongent de l’intérieur, elles ne se soignent pas toutes seules.
Un réseau de psychologues bénévoles : une équipe improbable et formidable
Alors, on s’est dit : pourquoi ne pas fédérer un réseau de psychologues, de cliniciens, prêts à donner un peu de leur temps, bénévolement ? Honnêtement, on n’y croyait pas trop. Et puis, surprise : aujourd’hui, ils sont quinze. Quinze pros, jeunes, moins jeunes, retraités, débutants, confirmés… Une vraie bande, un mélange improbable qui fonctionne. Presque chaque semaine, un nouveau psychologue nous rejoint. On vérifie ensemble qu’il ou elle sait dans quoi il s’engage, comment il peut aider, ce qu’il va vivre. Et, franchement, je suis leur premier supporter. Je fais partie de la bande, moi aussi. C’est chouette, vraiment.
Mais sans victimes à accompagner, à quoi bon ?
Voilà le paradoxe. On a une super équipe, mais si personne ne vient frapper à la porte, on ne sert pas à grand-chose. Alors, on a tissé des liens avec les commissariats, les gendarmeries, les CCAS, les missions locales, les communautés d’agglo… Mais, soyons réalistes, on est une petite asso. Les grandes structures, les protocoles existants, c’est eux qu’on met en avant. Et c’est normal. Mais quand ça déborde, quand les protocoles ne suffisent plus, c’est là qu’on intervient.
Sentinelles et relais : la détection, c’est l’affaire de tous
On a réfléchi : comment faire pour que les victimes arrivent jusqu’à nous ? On a imaginé un réseau à deux niveaux : les sentinelles et les relais. Les sentinelles, ce sont celles et ceux qui détectent les violences, qui repèrent les besoins. Les relais, ce sont ceux qui savent comment orienter, comment passer de la plainte à la demande d’aide. Parfois, une sentinelle est aussi un relais. Mais, au fond, on devrait tous être sentinelles. Pas besoin de diplôme pour ouvrir les oreilles, pour voir qu’à côté, il y a une femme qui hurle, un enfant qui pleure, un collègue qui s’effondre.
Réveiller les voisins : l’indifférence, ce poison silencieux
Vous avez vu ce film d’Amnesty International, « Réveiller les voisins » ? Il date un peu, mais il glace le sang. Un jeune fait du bruit avec sa batterie, tout le monde râle. Mais quand il passe un enregistrement de cris de femme battue, plus personne ne bouge. C’est ça, le vrai problème. On ne sait pas comment réagir. Dans le métro, dans la rue, même chez soi. On a peur, on doute, on se dit que ce n’est pas notre affaire. Mais si, c’est notre affaire. Devenir sentinelle, c’est apprendre à réagir, à ne pas détourner le regard.
Former, soutenir, accompagner : le rêve d’un réseau national
J’ai fait un rêve, comme disait Martin Luther King. Un rêve où, partout en France, il y aurait des sentinelles et des relais. Pas pour dénoncer, non. Pour aider. Les agresseurs, d’autres s’en occupent (ou pas, d’ailleurs, vu que rien ne change vraiment). Nous, on veut aider les victimes. Les sentinelles détectent, les relais orientent, les psychologues accompagnent. Et si la personne n’ose pas, si elle a peur, si elle pense que voir un psy, c’est être fou… On l’aide à franchir le pas. Parce que non, consulter un psychologue, ce n’est pas être fou. C’est prendre soin de soi. Écoutez Nicolas Demorand, son podcast sur la santé mentale est édifiant.
Bien sûr, il faut aussi une assistance juridique, sociale. Il y a le 39 19, les services sociaux, des associations comme Mon âme sœur… Mais la plupart s’arrêtent aux violences conjugales. Nous, on va plus loin. On s’occupe de l’accompagnement psychologique, point.
Et vous, sentinelle ou relais ?
L’idée vous parle ? Devenir sentinelle, passer la main à un relais, ou même être les deux ? Détecter les violences, même chez vos enfants, vos proches ? Ce n’est pas si simple, mais c’est possible. Et si vous deveniez relais, pour que vos enfants, vos amis, vos voisins puissent bénéficier d’un accompagnement gratuit, professionnel ? Peut-être que la question mérite d’être posée.
Un rêve à partager
J’ai fait un rêve. Un rêve où, demain, il y aurait 5 000, 10 000 sentinelles-relais partout en France. Où chaque département aurait son équipe, où chaque victime trouverait une oreille, un soutien, un accompagnement. On n’a que quinze psychologues, aujourd’hui. Mais imaginez qu’on soit deux cents. Chacun donne une heure par semaine, accompagne une ou deux personnes. Ça changerait tout.
Alors, si vous voulez m’aider à réaliser ce rêve, si vous voulez qu’on le réalise ensemble… Franchement, ce serait beau. Parce qu’au fond, ce n’est pas juste mon rêve. C’est celui de toutes celles et ceux qui refusent de détourner le regard.