Esquisse de l’article
- Introduction
- Quand la violence se cache sous la surface : Madeleine avant l’aube
- Cœur d’amande : lumière sur la misère et la parole
- Deux chemins, un même espoir
- Obscénité, tabou et société : le cas Gisèle Pelicot
- Changer les règles du jeu
- Émotions, prise de conscience et transmission
- Conclusion
Parler de violence, c’est obscène ? Ou c’est seulement nécessaire ?
Franchement, qui n’a jamais refermé un livre en se disant : « Mais comment peut-on écrire ça ? » C’est la question qui m’a traversé l’esprit après avoir lu Madeleine avant l’aube et Cœur d’amande. Deux romans, deux ambiances, mais une même claque. On parle souvent d’écologie punitive, de ZFE (zones à faibles émissions), de compte carbone… Cependant la vraie écologie, c’est aussi celle de nos émotions, de nos silences, de ce qu’on cache sous le tapis. Et, là, croyez-moi, il y a du boulot.
Dans un article précédent, j’affirmais « Le silence tue ». Cet article reprend cette idée et va plus loin dans la réflexion.
Sous la surface, la tempête : Madeleine avant l’aube
Dans Madeleine avant l’aube, tout est feutré, précis, presque chirurgical. L’ambiance est sombre, la violence omniprésente, mais jamais criée. C’est comme une mer d’huile où, sous la surface, grondent les pires tempêtes. Les viols, les amours contrariées, les actes du fils du seigneur… tout est là, tapi, prêt à surgir. Madeleine, elle, encaisse. Elle laisse passer la vague, elle attend son heure. Et puis, elle agit. Radicalement. Elle tue, puis s’en va. Dix ans plus tard, elle reviendra. Mais ce silence, cette façon de tout garder à l’intérieur, ça vous prend aux tripes. On sent que la société impose ses codes, ses images, et que la violence, même quand elle n’explose pas, finit par tout contaminer.
Cœur d’amande : quand la lumière perce la misère
À l’opposé, Cœur d’amande c’est le soleil après l’orage. Le style s’envole, l’ambiance de banlieue, la misère, tout est là, mais il y a une énergie, une rage de vivre. Le héros, handicapé, ne veut rien taire. Il refuse le silence, il explose à la moindre injustice, au moindre mot de travers. Il s’appelle lui-même « nain », comme pour désamorcer la moquerie, mais il ne laisse rien passer pour les autres. Il ne supporte pas qu’on se plaigne, qu’on parle de handicap comme d’une fatalité. C’est l’exact opposé de Madeleine : là où elle se tait et agit, lui parle, crie, réagit parfois de façon disproportionnée. Mais au fond, c’est la même lutte : sortir de la misère, refuser l’état initial, ne pas se laisser définir par la société.
Deux chemins, un même espoir
Ce qui frappe, c’est que malgré tout, il y a de l’espoir. Deux méthodes, deux tempéraments, mais une même volonté de s’en sortir. Que ce soit la jeune fille qui a tout perdu ou l’homme de petite taille qui refuse le silence, chacun cherche sa lumière. Et ça, franchement, ça fait du bien. Parce que la littérature, c’est aussi ça : montrer qu’on peut s’en sortir, même quand tout semble perdu.
Obscénité, tabou et société : le cas Gisèle Pelicot
Et, puis, il y a ce mot qui fâche : obscène. On a reproché au livre de Gisèle Pelicot d’être obscène, dans mes relations. Mais, honnêtement, c’est quoi, l’obscénité ? Décrire la misère, la violence, les viols, c’est obscène ? Ou c’est juste regarder la réalité en face ? Parce que si on commence à dire que parler de ce qui dérange, c’est obscène, alors on ne parlera plus de rien. Le livre de Gisèle Pelicot, écrit avec une journaliste, raconte l’abominable, oui. Mais, il le fait avec justesse, sans voyeurisme. Il met le doigt là où ça fait mal : le patriarcat, le déni, la fabrication sociale des bourreaux. Et ça, ça dérange. Mais c’est nécessaire.
Changer les règles du jeu
Vous savez quoi ? Nous ne sommes pas obligés de rester tels quels. Les femmes se regroupent, créent des associations comme « Nous toutes », réclament l’égalité, refusent d’être cantonnées à la cuisine ou à l’éducation des enfants. Et, les hommes, alors ? Pourquoi faudrait-il qu’ils restent prisonniers de leur rôle ? Qu’un homme ne pleure pas, qu’une femme soit faible… tout ça, c’est du vent. On peut changer les règles. On doit les changer. Parce qu’on n’est pas des animaux, on est des humains. Et, les humains, ça évolue.
Émotions, prise de conscience et transmission
Je ne vais pas mentir : j’ai pleuré en lisant le livre de Gisèle Pelicot. J’ai pleuré devant la BD Notre affaire, qui raconte la même histoire. Et, je me suis dit : il faut en parler. Il faut que cette BD soit dans les écoles, qu’on en discute, qu’on l’analyse, qu’on débatte. Parce que c’est de cette façon qu’on avance. C’est ainsi qu’on plante des graines de changement. L’éducation, c’est la première écologie. Celle des esprits, des cœurs, des regards.
Regarder la réalité en face, c’est déjà agir
Alors, obscène, tout ça ? Non. Abominable, oui. Mais, ouvrons les yeux. Acceptons de voir, de ressentir, de pleurer, parfois. Parce que c’est de cette manière qu’on avance.
La société, c’est nous. Les règles, c’est nous qui les faisons. Et, si on veut que ça change, commençons par parler. Par lire. Par écouter, transmettre. Il y a du boulot, c’est vrai. Mais il y a aussi de l’espoir. Et ça, ça n’a pas de prix.
Vous savez quoi ? Parfois, il suffit d’un livre, d’une BD, d’une discussion pour que tout commence à bouger. Alors, on s’y met ?