Comme vous le savez, pour ceux qui suivent ma prose. J’ai arrêté la pétanque cette année (depuis septembre en fait).
Bien sûr, j’ai arrêté la pétanque de manière temporaire suite à mon embolie pulmonaire proximale bilatérale avec infarctus pulmonaire. Mais, j’ai arrêté la pétanque de manière définitive en ne reprenant pas ma licence cette année et nous avons, avec Brigitte, décidé de rester loin des terrains de pétanque qui ne nous apportaient plus ce que nous y recherchions, c’est-à-dire le plaisir de jouer à ce jeu (sport). Nous avions pourtant investi dans ce projet commun. Nous avons fait 3 stages au CIEP (Centre International d’Entrainement de Pétanque) pendant 3 fois 5 jours consécutifs… Pour une somme d’argent non négligeable… Nous avions acheté des boules de compétition, encore une dépense… Et même les tenues des clubs. Mais, c’est maintenant du passé tout ça…
Une des causes les plus importantes, et qui est la cause « déclencheur » de notre arrêt définitif de la pétanque, est ce que j’appelle « le sexisme ordinaire«
Le sexisme à la pétanque est particulièrement insidieux car il se cache souvent derrière ce que les sociologues appellent la « galanterie bienveillante » ou le « folklore ». Cependant, c’est ce climat qui maintient les femmes dans un statut de subalternes.
Voici une analyse détaillée des arguments du sexisme ordinaire et les leviers pour le combattre.
1. Les visages du sexisme ordinaire à la pétanque
A. La condescendance technique (Le « Bouchon offert »)
Donner le but à l’équipe féminine sans tirer au sort est une micro-agression.
- L’argument : « C’est pour être gentil. »
- La réalité : C’est nier la compétence stratégique de la joueuse. Le jet du but est le premier acte tactique d’une mène. En le donnant, on dit : « Ta décision tactique n’a pas d’importance, on veut juste commencer à tirer des boules ».
B. Le paternalisme et le « Coaching » non sollicité
Un homme se sentira souvent obligé d’expliquer à une femme comment tenir sa boule ou quel coup jouer, même si elle est plus gradée ou plus expérimentée que lui.
- L’argument : « Je lui donne un conseil pour l’aider. »
- La réalité : On remet en cause son autonomie et son intelligence de jeu. On voit rarement un homme de niveau moyen conseiller un champion, mais on voit tout le temps des hommes moyens conseiller des femmes excellentes.
C. La « Féminisation » des erreurs et la « Virilisation » des succès
- L’erreur : Quand une femme rate, c’est parce qu’elle est « émotive » ou qu’elle manque de « bras ». Quand un homme rate, c’est le terrain qui est mauvais.
- Le succès : Une femme qui tire bien « tire comme un bonhomme ». C’est le compliment ultime qui est en fait une insulte : cela sous-entend que la performance est naturellement masculine.
D. L’hyper-sexualisation ou l’invisibilisation
- Soit la joueuse est jugée sur son physique (commentaires à la buvette sur sa tenue).
- Soit elle est vue comme « la femme de… », perdant son identité propre de licenciée.
2. Pourquoi la pétanque est-elle un terreau fertile ?
- L’espace de la buvette : La culture du comptoir est historiquement masculine et construite sur l’exclusion des femmes (ou leur relégation au service).
- L’absence de différence biologique : Contrairement au rugby ou à l’athlétisme, il n’y a aucun écart de performance purement physique. Cette égalité réelle est une menace pour l’ego de certains hommes, qui compensent par une domination verbale ou psychologique.
- Le vieillissement des instances : Les bureaux des clubs sont souvent occupés par des hommes d’une génération où le partage des loisirs n’était pas la norme.
3. Comment lutter contre ce sexisme ?
Pour un club, la lutte doit être institutionnelle et non individuelle.
A. Imposer la règle stricte (La fin de la « Galanterie »)
- Action : Interdire le don de but. Obliger le tirage au sort (pile ou face) dans tous les concours, même amicaux.
- Effet : on remet tout le monde sur un pied d’égalité sportive.
B. Valoriser la mixité réelle
- Action : créer des tournois « obligatoirement mixtes » où les points marqués par la femme et l’homme sont valorisés de la même manière.
- Action : ne plus mettre les finales féminines en « levée de rideau » (le matin ou sur des terrains annexes), mais sur le carré d’honneur, à égalité avec les hommes.
C. Assainir l’environnement social
- Action : tolérance zéro pour les propos sexistes ou racistes à la buvette. Un membre qui insulte ou dénigre doit être sanctionné par le bureau (avertissement, suspension).
- Action : aménager des espaces de repos neutres (pas seulement le comptoir) et garantir des sanitaires propres et sécurisés.
D. La formation (Le rôle de l’éducateur)
- L’éducation commence par les jeunes. Apprendre aux enfants que la pétanque n’a pas de genre est le levier le plus puissant.
- Former les arbitres : les arbitres doivent être formés pour sanctionner le harcèlement verbal sur le terrain.