Une réunion pas comme les autres.
Vous savez, parfois, les réunions prennent une tournure inattendue. On se retrouve autour d’une table, un café tiède à la main, et on pense parler de tout et de rien. Mais là, c’était différent. On avait décidé, entre nous, de choisir un livre à lire ensemble. Un prétexte pour discuter, échanger, peut-être même se découvrir un peu plus. Cependant, cette fois, j’étais le seul homme dans la pièce. Oui, vraiment, le seul. Et, croyez-moi, ça change la dynamique.
Choisir un livre, c’est jamais anodin.
On pourrait supposer que choisir un livre, c’est simple. On pioche un titre, on tourne la page, et voilà. Mais non. Derrière chaque choix, il y a des histoires, des sensibilités, des souvenirs parfois. J’ai proposé un ouvrage de Gisèle Pelicot, coécrit avec Judith Perrignon : « Et la joie de vivre ».
Pourquoi ? Parce que, franchement, le sujet me tient à cœur : les violences faites aux femmes. C’est mon côté militant, je l’assume. Je passe mon temps à dénoncer ces injustices, à parler de féminicides, à pointer du doigt cette société patriarcale qui nous colle à la peau.
Quand la littérature rencontre la société.
Mais voilà, ma proposition n’a pas fait l’unanimité. Loin de là. Sauf mon épouse, tout le monde était contre. On m’a dit que c’était obscène d’aborder ce sujet. Que la violence faite aux femmes, ça n’existe pas réellement, ou alors que c’est devenu un business, une histoire commerciale. Franchement, j’en suis resté bouche bée.
Si on m’avait dit qu’un roman, ou une étude scientifique, ça serait plus intéressant qu’un livre de témoignage. Là, d’accord, je peux comprendre. Mais, dire qu’il faut cacher ces sujets, les mettre sous le tapis… là, non.
Quant au côté commercial de l’affaire… Si le livre peut aider Gisèle Pélicot à se faire une suite d’existence agréable, où est le problème ?

Le choc des arguments : parler ou se taire ?
C’est là que la discussion a pris une tournure étrange. Certains voulaient éviter le malaise, d’autres pensaient qu’on en parle trop. Mais, vous savez quoi ? C’est justement parce qu’on n’en parle pas assez que ça continue. On préfère regarder ailleurs, fermer les yeux, comme si le silence pouvait effacer la douleur. Cependant la réalité, elle, ne disparaît pas.
Madeleine avant l’aube, Gisèle Pelicot… et la boucle est bouclée.
Finalement, on a choisi un autre livre : « Madeleine avant l’aube » de Sandrine Collette, lauréat du Goncourt des lycéens 2024. J’ai accepté, bien sûr. Cependant en le lisant, surprise ! On retrouve les mêmes thèmes : la violence, l’abus de pouvoir, la révolte d’une jeune fille. Comme quoi, même quand on croit éviter un sujet, il revient par la fenêtre. C’est un peu comme essayer de retenir l’eau avec les mains : ça finit toujours par passer.

La violence derrière les portes closes.
On parle souvent de l’insécurité des femmes dans la rue, mais, honnêtement, le vrai danger, il est plus souvent à la maison. Quand la porte se ferme, que les fenêtres se ferment, et que tout le monde fait semblant de ne rien entendre. C’est là que les femmes sont le moins en sécurité. Et, c’est là que le silence devient complice.
Pourquoi il faut en parler, même si ça dérange.
Alors, oui, certains et certaines trouvent ça obscène d’en parler. Mais, franchement, ce qui est obscène, c’est de se taire. C’est de laisser faire, de détourner le regard, de banaliser la souffrance. Parler, c’est déjà agir. C’est mettre en lumière ce qui se passe dans l’ombre. C’est donner une voix à celles qui n’en ont pas, ou plus.
Conclusion : Oser la parole, c’est déjà agir
Au fond, choisir un livre, c’est choisir de regarder le monde en face. Même quand ça fait mal, même lorsque cela dérange. Parce que le silence, lui, ne protège personne. Alors, la prochaine fois qu’on vous dit qu’il est obscène d’en parler, rappelez-vous : c’est en osant la parole qu’on commence à changer les choses. Et, parfois, il suffit d’un livre, d’une discussion, pour ouvrir une fenêtre sur la vérité.
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Et vous ? Quel livre choisiriez-vous pour bousculer les idées reçues dans votre petite ville, ou grande cité, où vous vivez ?