Certains patients viennent me voir avec des pensées intrusives et gênantes pour eux, car elles sont tournées vers la possibilité de vivres de catastrophes et cela leur pourrit la vie au quotidien.

Ils ont des pensées comme :

  • Et si mon enfant mourait ?
  • Et si mes amis avaient des problèmes ?
  • Et si je tombais malade ?
  • Et si j’avais un accident de voiture ?

Ils veulent « changer » leurs pensées et bien entendu n’y arrivent pas ! Pire que ça plus ils essayent de ne pas y penser et plus cela est présent. Et si je leur demande : « Que voulez-vous ? » La réponse est pratiquement toujours la même : « Je veux que ces pensées cessent. »

Mais comme vous le savez maintenant si vous avez lu mon blog depuis quelque temps, sur la matrice ACT, nous avons deux lois : la loi du haut et la loi du bas (voir le schéma, ci-dessous)

LA MATRICE ACT

  • La loi du haut c’est « Je peux changer facilement ce qui est en haut de cette matrice »
  • La loi du bas c’est « Il est presque impossible d’agir directement sur ce qui se passe en bas »

Lorsque je questionne mes patients sur leur expérience du bonheur. Je commence toujours par faire une carte SIM (vous vous souvenez ce que c’est ? S (Sensations) I (Intelligence) M (Monde), c’est-à-dire que je leur demande de me décrire complètement leur expérience. (Voir l’article suivant pour plus de précision sur la carte SIM) et donc leurs pensées.

Et souvent c’est là que viennent ces fameuses pensées intrusives. « Maintenant ça va, mais ça ne va pas durer ! » Lorsque le patient se rapproche d’expériences positives qui le rapproche du bonheur, il commence à avoir peur de perdre celui-ci, et comment pourrait-il le perdre ?

Et cela fini pas l’éloigner du bonheur et d’avoir peur de vivre le bonheur ! Je me suis aperçu avec étonnement qu’il y avait corrélation entre ces pensées et la peur d’être heureux. Et encore plus loin que çà il y avait aussi corrélation avec l’aversion de la compassion et de la gratitude envers soi. Pourquoi cette aversion ?

Parce que si je pratique l’autocompassion, je vais me ramollir. Je vais devenir paresseux. Je vais me laisser aller ! Pas de place pour la compassion, pour les autres non plus ! Ils n’ont qu’à se bouger le popotin ! Et moi aussi d’ailleurs ! C’est quoi ce cirque ! La dépression c’est pour les faibles… etc.

Et pour la gratitude, l’aversion se manifeste souvent par « parce que je le vaux bien ! » « Cela m’est dû ! » Pourquoi remercier pour ce qui est « normal » ?

Et cela finit pas se blâmer soi-même ! Par se dénigrer parce : « Il n’y a aucune raison d’avoir des pensées comme çà » Je ne suis pas normal !

CQFD…

Bien sûr ce ne sont que des constatations au cabinet et simplement des corrélations, pas des causalités, mais … cela va bien dans le sens des thérapies basées sur la compassion, non ?

Et bizarrement, il y a toujours au centre de cette recherche : « La conception individuelle du bonheur »

Alors est-ce que le bonheur serait la conséquence de circonstances extérieures qui ne s’expérimente que trop rarement, ou bien, le bonheur serait l’expérience volontaire de la paix intérieure par le choix engagé de vivre la compassion, et ses attributs la bienveillance, la gratitude, la bonté, la sensibilité, la sympathie, l’empathie, la tolérance à la détresse, le non-jugement, et les soins que l’on se prodigue pour le bien-être ?

Bien sûr le chemin vers le deuxième choix demande d’être dans la pleine conscience de ce que l’on vit au présent… Et si vous choisissiez cette deuxième voie qui ne dépend que de vous ? Par quel attribut commenceriez ? Personnellement j’ai choisi de commencer par la bonté… La route est longue !