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Depuis le décès de mon frère, chaque personne qui me croise ou qui m’écrit me pose une question à laquelle je suis très embêté pour répondre. Ils me demandent tous, « comment vas-tu ?  » ou « ça va mieux ? » ou plus difficile encore « j’espère que tu vas mieux »… Et cela me semble normal. En effet, rien n’est anormal dans le fait de prendre des nouvelles de quelqu’un qui vous croise et qui vous est cher. J’en conclus directement que ces personnes s’intéressent à moi et à mon sort.

Bien sûr il y a celles qui font cela uniquement parce que c’est comme ça qu’on fait. Et il y a aussi, ceux me disent plutôt un truc genre « Il n’y a pas de mots », ou « je ne sais pas quoi te dire » ou « c’est terrible » ou qui vont m’expliquer qu’ils ont déjà vécu cela et que ça va passer…

Bon alors ? Qu’est-ce que je veux dire par là ? Qu’il ne faut pas prendre de nouvelles ? Ou qu’il ne faut pas me parler ? Ou quoi ?

Ben ce que je veux dire c’est que c’est normal !

C’est normal de souffrir quand un être qui nous est cher disparait. C’est normal de ne pas savoir comment prendre la chose quand on est en face de quelqu’un qui souffre.  C’est normal d’essayer d’éviter le sujet quand on ne sait pas comment se comporter.

Pas de haine ! Pas de rejet !

Quand j’ai perdu ma première épouse, Élise, les gens venaient me voir et me disaient un truc genre « Et oui… C’est la vie ! » et moi de leur répondre cinglant « Et non, mon brave monsieur, c’est la mort ! »

Ce n’était pas gentil, hein ? Aujourd’hui avec le recul, je trouve que je n’étais pas charitable, mais c’était « normal » ! Je ne savais pas, à l’époque le pouvoir des mots… Je n’avais que 33 ans ! Quand certains sont vieux à 16 ans, moi je suis resté « dans ma tête », comme Peter Pan pendant des années.

Alors aujourd’hui quand je regarde ma vie, je me dis que c’est « normal ».

Oui, il est normal d’avoir mal quand on perd un être cher. Il est normal d’avoir mal quand on rencontre quelqu’un qui souffre (cela s’appelle l’empathie). Il est normal d’avoir mal quand on vit, tout simplement !

« Si vous ne voulez pas avoir mal, il suffit de ne pas naitre. » C’est simple non ?… Ah ?! Si vous lisez, c’est que vous êtes vivant ? Alors c’est trop tard… Il est « normal » de souffrir…

Alors, comment savoir si je vais bien ?

Tous les jours je m’observe, enfin, j’observe mon activité mentale, émotionnelle, physique, et environnementale (par mes 5 sens)… J’observe ma capacité à vivre, simplement pour être vivant, sans autre but que d’être vivant. J’observe ma capacité à retrouver mes ressources vitales, ma stabilité, ma verticalité, ma dignité d’humain, ma respiration…  Et pour cela j’utilise ce que je connais, la méditation de pleine conscience pendant 30 minutes à une heure …. cette durée est variable en fonction des des vagues (voir la suite)

Lors que mon cerveau m’envoie un train de pensées qui génèrent chez moi de la tristesse, mon corps réagit et je pleure… En ce moment mon cerveau m’envoie ces trains de pensée par vagues discontinues… Sans que je sache réellement quand ça va arriver… Et quand ça arrive, eh bien…. Je pleure c’est tout !

J’observe ma douleur, dans mon corps, quelquefois j’ai l’impression d’avoir un trou dans la poitrine, d’autres fois c’est un poids qui me pèse sur les poumons… D’autres fois, j’arrive même à perdre le contact et à être pris de sanglots violents qui finissent toujours par se calmer au bout d’un moment plus ou moins long…

Je ne lutte pas, contre cette déferlante, je me laisse flotter puis je nage latéralement vers les eaux plus calmes et je regarde le courant passer… Ne pas lutter, ne pas éviter… Simplement flotter, maintenant que le courant est si fort… Flotter est la meilleure chose que je peux faire… Je fais toujours de mon mieux… Et mon mieux change d’instant en instant…

Alors est-ce que je vais bien ? Oui je suis vivant et je flotte… C’est normal de se laisser flotter quand le courant est trop fort. Et chaque fois que le courant se calme je recommence à nager, latéralement, et j’observe le courant résiduel. Demain sera un autre jour…

Alors est-ce que je vais mieux ? Oui je vais mieux, que si je coulais… Car alors je ne serai plus vivant… Être vivant c’est souffrir, et donner du sens à cette souffrance…

Je donnerai du sens à postériori… ou pas… Va savoir… aujourd’hui je vais bien et c’est normal de souffrir quand celui avec qui on a vécu, rêvé, bâti et refait le monde pendant 57 ans… n’est plus…

Y a-t-il des mots pour le dire ? Faites comme vous pouvez, comme vous le sentez, c’est normal ! Surtout, faites de votre mieux. Je vous aime.

Et pour finir un petit sketch que j’aime bien de Dany Boon « Je vais bien, tout va bien…. »

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