Article ré-écrit ce jour à cause d’un problème d’hébergeur de ce blog… (J’ai dû à nouveau en changer… )

C’est une drôle de question me direz-vous ? Pourquoi voulez-vous savoir ça ? Je rencontre dans mon cabinet des clients qui sont atteints de troubles anxieux. Parmi les raisons de ces troubles anxieux, la peur de l’échec arrive en bonne place. Voilà pourquoi !
Vous ne voyez toujours pas ? Une petite explication s’impose alors.

Quand nous sommes enfants, nous apprenons par un mécanisme assez simple d’essai et d’erreur. Je teste puis je valide mon expérience ou je recommence différemment. C’est comme cela que moi, petit d’humain j’apprends à marcher, à courir, à tomber, à parler, à faire tomber les objets. Avez-vous remarqué avec quelle patience, je suis capable de faire tomber ma petite cuillère en attendant que vous me la reposiez sur la table en face de moi ? À ce jeu je suis le plus fort, n’est-ce pas ? Je suis très fort aussi à monter et descendre les escaliers comme ça, sans avoir d’autre raison que de monter et de descendre les marches… Et vous adultes vous êtes terrorisés face à ma volonté de monter-descendre…

La différence entre vous et moi, le petit enfant c’est que moi, je suis focalisé sur le processus ! J’apprends parce que j’aime apprendre ! Je teste pour apprendre, et j’apprends pour « être ». Je suis en train de construire un « être humain ».

Lorsque nous arrivons à l’école primaire, dans l’éducation nationale commence un système un bizarre. Le petit enfant découvre que ce n’est plus le processus, mais bien le résultat que l’on évalue avec les notes qui sont attribuées à chaque devoir fait. Même s’il a travaillé « longtemps et fort » , même s’il s’est focalisé sur le devoir pour être complètement actif et présent à ce qu’il fait. La note n’en tient pas compte ! Et petit à petit, tous ses mécanismes de réponse automatique de type « plaisir/aversion » sont focalisés sur « résultat ». C’est le résultat qui apporte le maximum de réponse à ses besoins de reconnaissance et de lien. C’est parce qu’il a de bons résultats que les professeurs et même les parents vont le féliciter. La question qu’on lui pose c’est : « Alors tu as combien de moyenne ? » ou bien « tu as eu combien à ton devoir ? »

C’est tellement prégnant que certains parents font les devoirs avec les enfants ! Non pas pour les soutenir et les aider à comprendre comment apprendre, mais pour les aider à avoir de « bonnes notes » ! Cela devient non pas un classement des enfants en fonction de leur travail, de leur assiduité, de leur capacité à apprendre, mais un concours des parents ! Si tu as un père ingénieur, ou mieux une mère ingénieure (car souvent c’est elle qui s’y colle) tu as plus de chance que cela se passe bien pour toi pendant les devoirs à la maison… Puis pour les DST (devoirs sur table) car la pression est très forte « chez ces gens-là » (référence implicite à Jacques Brel)

L’enfant devenu adulte garde le réflexe du résultat. Et c’est la dictature du perfectionnisme qui entre en jeux. Je peux « toujours » améliorer ce que j’obtiens. C’est la course au « toujours plus ». Or le résultat dure bien moins longtemps que le processus !

Un projet de 5 ans dure 5 ans, d’émotions générées par le processus et 1 semaine par le résultat (voire moins).

Éclairons ce concept par un exemple : « Fonder une famille »

Imaginons que mon projet soit de rencontrer la femme (ou l’homme) de ma vie avec qui je vais fonder une famille heureuse. Déjà, j’ai posé un prérequis qui est que « L’homme (ou la femme) de ma vie existe » !

Alors il/elle est comment ? J’en ai une idée… Je cherche… Où ? Comment ? Les jours passent, et se ressemblent… je rencontre des hommes/femmes qui ne sont pas « parfait(e)s » et finalement… Je rencontre le prince charmant (ou la princesse au petit pois), mais il/elle pue des pieds ! Que d’espoir et de désespoir générés par cette recherche ! Puis le prince charmant est tué par le vilain mari…. (référence implicite à Claude Nougaro) et donc je suis déçu(e)… Et je recommence à chercher ou c’est la dépression… Ou je fais des enfants pour au moins rencontrer le lien avec mes enfants merveilleux, qui finalement font caca dans la couche, me fatiguent… Et mon couple en prend encore un coup… Quand le couple n’est touché par le syndrome de la « madone et la putain » où la mère tue la femme et le mari se transforme et protecteur … Et finalement va chercher ailleurs son rêve de passion et de sexualité…

Il est où mon rêve initial de « fonder une famille heureuse » ? Il a disparu dans le processus … Le résultat a tué le processus… Ceux qui ont écrit les contes de fées qui terminent par « ils se marièrent, eurent beaucoup d’enfants et ils furent heureux… » sont des personnes qui ne savent pas que le mariage, et les enfants c’est là que commence le B…

Alors que faire ? Et si j’oubliais un instant « La femme de ma vie »… Et s’il y avait le couple que je vis avec mon/ma partenaire…. Et si la famille idéale n’existait pas ? Et que je me focalisais sur la joie de transmettre… Et si j’étais complètement dans l’action vers ce qui donne du sens à ma vie plutôt  que sur l’obtention des résultats positifs à venir. Et si j’étais connecté à ces questions fondamentales :

  • Est-ce que je veux partager ma vie avec d’autres ?
  • Est-ce que cela est important pour moi d’écouter l’autre, de le soutenir ?
  • Est-ce que c’est important pour moi de dire à l’autre que je l’aime ?
  • Est-ce que c’est important pour moi d’être là pour soutenir mes enfants dans leurs chutes ?

Si je suis tourné vers le processus, il n’y a pas d’échec ! Il n’y a que des occasions de vivre ce qui est important pour moi. Et dans le processus… Le fait de ne pas « réussir » perd son importance primordiale. Je suis en train d’apprendre comment construire une vie qui a du sens pour moi. Je reviens à l’approche de l’enfant… Savez-vous comment AlphaGo Zero (Intelligence artificielle) a gagné face l’humain au jeu de Go ?

D’abord la méthode a été de « singer » l’humain… C’est-à-dire d’apprendre des millions de coups joués par de grands maîtres de jeu… Puis de peaufiner l’apprentissage en faisant jouer l’ordinateur contre lui-même…. Cela a donné AlphaGo qui a fini par gagner, mais cela a mis quelques années de mises au point… Avec AlphaGo Zero… L’idée a été de partir de « rien » et l’ordinateur a appris à jouer « face à lui-même » et en 3 jours… L’ordinateur a appris le jeu… Et a « inventé » des stratégies nouvelles ! En ne partant de rien… Simplement en apprenant de chaque partie perdue et gagnée…

Cela est terrible, non ? En étant focalisé résultat l’ordinateur reste à « singer l’homme, alors qu’en apprenant des ses propres erreurs, il devient créatif dans les stratégies… Et si notre méthode d’apprentissage pour nos petits d’humains était inadaptée ? Pour faire un humain adulte il faut environ 30 ans, et pour que cet humain apprenne le Go et devienne un  maître, il faut 10, 20 ? …  Alors que pour faire une Intelligence apprenante il suffit de 3 jours ?

Regardez l’évolution de l’apprentissage de l’humain… Il apprend vite … Puis ralenti… Puis… Il meurt… Alors qu’attendez-vous pour reapprendre … À vous tromper ? Qu’allez-vous apprendre ? Certains me diront bien sûr… Mais cela peut-être dangereux, non ? OUI ! Cela peut-être dangereux, je ne peux pas laisser l’enfant mettre en danger sa vie. Il est des actions qui tuent ! Je ne peux pas le nier… Et je pourrais revenir à une phrase de Nietzsche « Ce qui ne te tue pas te rend plus fort »… mais cette phrase nécessite une suite « Si cela donne du sens à ta vie »… Et cette phrase pourrait être un truc du genre « Ce qui donne du sens à ta vie et ne te tue pas te rend plus fort »…

Et là… Retour sur ce qui donne du sens à notre vie, c’est-à-dire nos valeurs (qui ne dépendent que de nous, et sont en accord parfait avec nous-mêmes…) Voir les articles sur valeurs ailleurs dans ce blog